Historique

Elsa Gindler

(1885-1961)

Elsa Gindler refuse de s’enfermer dans une méthode ou une théorie. Elle laisse rapidement de côté les concepts philosophiques, les lois du mouvement trop rigides et les enchaînements de mouvements codifiés du système delsartien, pour n’en garder que les outils qu’elle peut revisiter et réinventer, comme le travail sur la conscience corporelle, les jeux avec la pesanteur et les variations de tonus musculaire.

Toute sa vie, elle questionne sa pratique et la fait évoluer. Elle invite ses élèves à l’accompagner dans sa recherche et son cheminement. Elle leur propose des expérimentations plutôt que des exercices fixés.

Elle les met en situation et elle observe avec eux comment ils s’y prennent pour effectuer un mouvement, quelles autres façons de faire s’offrent à eux, quelles habitudes corporelles ils doivent abandonner pour ne pas faire d’effort inutile, quels sentiments les habitent devant la tâche à accomplir, ce qu’ils doivent lâcher pour être entièrement absorbés par ce qu’ils font, pour retrouver la qualité de présence d’un enfant qui joue… Ils explorent leur propre comportement en même temps qu’ils apprennent à bouger, à ressentir, à regarder.

En 1924, la rencontre avec le musicien Heinrich Jacoby est déterminante. Leur collaboration et leur vision de la pédagogie font écho au courant de Reformpädagogik qui se déploie alors en Allemagne. Pour Gindler et Jacoby, quelle que soit la discipline choisie, quelle que soit la voie empruntée, il s’agit avant tout de permettre le plein épanouissement des potentialités de l’individu, de l’aider à lever les barrières intérieures qui l’entravent, afin qu’il puisse interragir harmonieusement avec le monde qui l’entoure.

Cet esprit d’ouverture, de curiosité et d’adaptabilité cultivé par Gindler, l’approche du corps et de la relation corps/esprit qu’elle transmet, marquent profondément les élèves qui croisent sa route ; et nourrissent les travaux de plusieurs d’entre eux dans les domaines corporel, artistique, social et psychothérapeutique.

Il en est ainsi pour Alice Aginski et Lily Ehrenfried, deux de ses élèves juives qui s’installent à Paris au début des années 30 pour fuir le nazisme.

L’héritage d’Elsa Gindler

Parmi les élèves d’Elsa Gindler, outre Lily Ehrenfried et Alice Aginski, plusieurs personnalités remarquables
firent essaimer et évoluer son travail à travers le monde :

Sophie Ludwig (1901-1997). Allemagne.
Praticienne somatique qui fut l’assistante, la collaboratrice puis l’héritière d’Elsa Gindler.

Frieda Goralewski (1893-1989). Allemagne.
Praticienne somatique.

Charlotte Selver (1901-2003). USA. (Photo ci-dessus)
Praticienne somatique. Restée très proche de l’esprit de Gindler, elle diffusa son travail sous le nom de « Sensory Awareness ». Les praticiens qu’elle forma exercent aujourd’hui aux USA et en Europe.
Elle eut pour élève Fritz Perls (1893-1970), psychiatre fondateur de la Gestalt Therapy, et Erich Fromm (1900-1980), psychanalyste.

◊ Carola Speads (1901-1999). USA. Praticienne somatique. Auteur de « ABC de la respiration » édité en France par Aubier en 1989.
Elle eut pour élève Berta Bobath (1907-1991), physiothérapeute, créatrice de la Bobath physiotherapy, méthode de rééducation neurologique, et Ruth Cohn (1912-2010), psychothérapeute et pédagogue, créatrice de la méthode TCI (Theme Centered Interaction).

Ruth Matter (1904-1995). Suisse.
Praticienne somatique qui finança, organisa et développa l’enseignement de Heinrich Jacoby et Elsa Gindler en Suisse alémanique.

 

Elfriede Hengstenberg (1892-1992). Allemagne.
Praticienne somatique ; pédagogue pour enfants qui collabora avec la pédiatre Emmi Pikler.

◊ Elsa Lindenberg (1906-1990). Norvège.
Danseuse/chorégraphe qui travailla avec Rudolf Laban.
Elle devint danse-thérapeute et fut la compagne de Wilhelm Reich (1897-1957).

◊ Gertrud Falke-Heller (1891-1984). Angleterre.
Danseuse, elle collabora avec Kurt Jooss. Elle enseigna à la Jooss-Leeder School of Dance. Puis elle devint psychothérapeute. Elle eut pour élève Helmut Stolze, médecin et psychothérapeute qui, dans les années 50, mit au point la Konzentrative Bewegungstherapie.

◊ Lotte Kristeller. Israël.
Praticienne somatique qui participa à la fondation du Kibbutzim Teacher’s Training College. Certaines sources indiquent qu’elle eut comme élève Moshe Feldenkrais.

◊ Lucy Heyer. Allemagne.
Thérapeute corporelle. Première épouse du médecin et psychanalyste jungien Gustav Heyer (1890-1967). Elle participa avec lui à des groupes de travail assurant une prise en charge holistique des patients, en associant massage, exercices respiratoires, relaxation et psychothérapie.
Elle eut pour élève Marion Rosen (1914-2012) dont la méthode, qui porte son nom, vise à « accéder à l’inconscient par le toucher ».

◊ Clare Nathanson Fenichel (1896-1993). USA.
Psychanalyste, épouse du psychanalyste Otto Fenichel (1897-1946).

Laura Posner Perls (1905-1990). Afrique du sud puis USA. Psychologue co-créatrice de la Gestalt Therapy avec son époux Fritz Perls (1893-1970), psychiatre.

◊ Lily Pincus (1898-1981). Angleterre.
Travailleuse sociale puis thérapeute familiale qui participa à la fondation de l’Institut de recherche sur le mariage et la famille de la Tavistock Clinic.

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