De l’Éducation du Corps à l’Équilibre de l’Esprit

« De l’éducation du corps à l’équilibre de l’esprit »… C’est le titre du livre écrit par le Docteur Lily Ehrenfried en 1956. Ces quelques mots résument  l’essence même de la gymnastique holistique, et nous invitent à quitter la dualité du corps et de l’esprit. Il s’agit de considérer l’être humain dans son entièreté. L’esprit agit sur le corps, le corps sur l’esprit, la tension physique sur la tension psychique et inversement. Et cela de manière indissociable.

On sait combien le psychisme agit sur le corps, comment le stress, l’excès de tension, la contrariété, la dépression, l’anxiété, amènent à crisper les mâchoires, les épaules, à bloquer la respiration, à tendre le dos, à avoir mal au ventre… La gymnastique holistique part toujours du corps, mais prend en considération le fait que les douleurs, les blocages, les limitations agissent sur l’état psychique, sans pour autant se livrer à une quelconque interprétation.

 

Proprioception

Nous cherchons, grâce à la palette de mouvements à notre disposition, à assouplir, détendre, soulager, éduquer le corps tout en prenant en considération chaque personne là où elle en est au moment même du cours.

La justesse et la précision d’un geste fait appel à l’usage de nos sens et en particulier, en ce qui concerne la gym holistique, de notre « 6° sens » : la proprioception, définie comme la sensibilité très profonde du corps à lui même. Chacun est à même de la développer, de l’affiner.

Dans la pratique, les temps de pause ponctuent les mouvements, « comment vous sentez vous ? » « Que sentez vous ? » demande le praticien sans attendre de réponse précise.

Ces temps interstitiels permettent de se familiariser avec son propre ressenti, d’y porter une attention sans jugement, et de développer cette sensibilité à nous-même qui nous permet de changer nos habitudes sans s’y contraindre.

 

Respiration

Parmi les grandes fonctions du corps humain, la gymnastique holistique porte une attention toute particulière à la respiration.

Cette fonction, étant sous la direction du système nerveux autonome, n’est pas principalement liée à une volonté motrice mais à ce que nous ressentons ou sommes en train de faire ou de vivre. Son rythme et son amplitude varient en permanence en fonction de notre état physique, psychique  et émotionnel et de notre environnement. La plupart du temps, elle est courte et superficielle, peu oxygénante, reflétant un état de tension excessive, favorisant les tensions musculaires et les états de fatigue.

Dans la pratique de la gymnastique holistique, il ne s’agit pas de faire des exercices respiratoires mais plutôt de revenir à une respiration libre, adaptée au moment présent. Il s’agit d’être à l’écoute de son propre rythme respiratoire. Le mouvement s’adapte à ce rythme et, petit à petit, la respiration ralentit, s’approfondit, la fatigue s’estompe, la détente peut s’installer.

 

Détente active

La détente a de nombreux visages… elle est ici entendue comme un état qui prépare à l’action et non comme une relaxation. En effet, on peut aussi bien se préparer à une journée bien remplie qu’à une bonne nuit de sommeil, soulager une douleur qui nous irrite, se poser après une dure journée. Comme la respiration, le tonus et la posture varient en fonction de notre état intérieur. Trouver et retrouver à chaque instant un équilibre entre détente, placement ostéo-articulaire et tonification musculaire est le fondement de ce travail.

  • L’allongement musculaire ou étirement fait appel aux qualités naturelles d’élasticité du système musculaire. En pratiquant des mouvements d’étirements progressifs, lents, profonds, en lien avec la respiration, en s’arrêtant avant qu’une douleur ne survienne, un peu avant le maximum, les muscles se détendent de manière durable, évitant ainsi  de déclencher le « réflexe myotatique » réflexe de défense qui tend à raccourcir les fibres musculaires après les avoir allongées brusquement ou en force. En donnant de la souplesse aux muscles, les articulations se libèrent.
  • Le placement ostéo-articulaire découle de l’amélioration de l’élasticité musculaire. D’autre part, la précision anatomique et physiologique des mouvements permet de doser les contraintes sur les articulations, en bon ou en moins bon état. Une articulation est faite pour bouger. Quel que soit son état, elle doit garder sa mobilité tout au long de la vie pour pallier au développement de l’arthrose et en réduire les effets. Ce travail d’ajustement articulaire, en rétablissant la fonction, va progressivement agir sur la posture de manière plus générale.
  • La tonification musculaire est quant à elle indispensable pour garder ce bel équilibre et cette mobilité. La musculature profonde située au plus près du squelette est particulièrement sollicitée dans certains mouvements. C’est la gardienne de la verticalité, de la cohérence articulaire, de l’élégance de la posture, du tonus juste.

Nous nous intéressons à la manière dont la posture et l’usage du corps agissent sur notre environnement, notre rapport aux autres, notre façon d’aborder une situation. Il est un peu désuet de parler de « maintien  » ou de « tenue » et pourtant, notre comportement et notre attitude physique sont, avec la parole, notre lien social le plus important.

Elsa Gindler, professeur de Lily Ehrenfried, parlait de son travail comme d’un moyen « d’aller vers l’ouverture » c’est-à-dire de se relier au monde, d’être présent. Il ne s’agit donc pas de « se surveiller, de se redresser, se tenir bien» mais de retrouver ce tonus naturel de l’enfance, celui qui nous redonne la grâce qui nous est propre, quels que soient notre morphologie, notre poids, notre taille ou notre âge.

Le praticien part toujours de ce qu’il voit et entend chez ses élèves pour les amener à trouver, grâce aux mouvements qu’il propose, le tonus juste, différent pour chacun, tenant aussi compte des facteurs extérieurs comme l’heure de la journée, la saison, le contexte. Il est en interaction permanente avec ses élèves.

L’élaboration d’un mouvement ressenti permet de développer notre capacité d’attention et, contrairement à la concentration qui  nous focalise sur une action, elle nous fait toucher nos limites, développe une certaine bienveillance envers nous même et ouvre nos possibilités de changement.